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J'ai assisté hier à la plus révélatrice des conférences ! Je suis sortie la tête pleine d'espoir grâce à vous !

Stéphanie Drainville

Yves Lavoie
Réseaux sociaux
Connecté, mais seul
En réseautage relationnel, le réseau virtuel a son importance. Mais quelle place devrait-on lui donner ? La question mérite d'être posée.

Professeure au MIT, où elle dirige le département sur la technologie et l'autonomie, la Dre Sherry Turkle s'interrogeait, dans sa dernière conférence, sur le rôle et les répercussions des réseaux sociaux et de la téléphonie intelligente sur les relations humaines.

Plus exactement, elle se demandait si la capacité d'être branché en temps réel influence non seulement ce que nous faisons, mais ce que nous sommes.

Des gestes maintenant habituels tels que texter pendant une réunion, une présentation, un cours, une cérémonie, au restaurant... auraient semblé bizarre, voire inquiétants il y a à peine quelques années.

Les jeunes textent pendant qu'ils sont en groupe, accordent une grande importance à cette forme de communication et redéfinissent leur façon d'être ensemble. Le temps est précieux : il faut être ensemble et ailleurs en même temps.

Madame Turkle est claire :

« Nous utilisons des objets inanimés pour nous convaincre que même quand nous sommes seuls, nous nous sentons ensemble. Et puis, quand nous sommes avec d'autres, nos appareils mobiles nous mettent constamment en situation où l'on se sent seul. Ces objets induisent une véritable confusion quant à ce qui est important dans les relations humaines. »

Elle explique que nous pouvons peaufiner notre présence numérique afin de la rendre telle que nous le désirons, avant de la rendre disponible, ce qui est impossible dans une conversation en face à face.

« On peut envoyer des textos, des courriels, des billets de blogues, toutes ces choses nous permettent de nous présenter comme nous voulons être. Nous pouvons les modifier, et cela signifie que nous pouvons supprimer, retoucher, le visage, la voix, la chair, le corps - ni trop peu, ni trop, juste ce qu'il faut. Les relations humaines sont riches, compliquées et exigeantes. Et nous les nettoyons avec la technologie. Quand nous le faisons, une des choses qui peut arriver est que nous sacrifiions la conversation pour une simple connexion. Nous nous bernons. Au fil du temps, on semble oublier cela, ou nous semblons cesser de nous inquiéter. »

À bien y penser, c'est cet aspect de ses propos qui m'a bouleversé. Facebook, LinkedIn, Twitter et autres permettent un contrôle intéressant de notre personnalité numérique.

Twitter est bien plus efficace pour paraître tel que nous le souhaitons que peut l'être une conversation en direct. Combien de fois auriez-vous voulu reprendre des mots qui vous avaient échappé, qui n'avaient pas traduit correctement votre pensée ou votre intention ou qui avaient mal été interprétés ?

C'est facile avec le numérique, on efface et on réécrit avant de publier ! Ou bien on l'enlève de son mur sur Facebook, tout simplement. Pas besoin de se répandre en longues excuses.

La Dre Turkle termine sa conférence sur une apologie de la solitude. Il est capital, selon elle, de s'octroyer des instants où l'on peut passer de la connexion à l'isolement, afin de refaire son énergie et d'exercer notre capacité d'autoréflexion.

Elle fonde son raisonnement sur une observation voulant que :

« la connexion constante transforme la façon dont les gens se perçoivent eux-mêmes. Elle façonne une nouvelle façon d'être. La meilleure façon de le décrire est : je partage, donc je suis. Nous utilisons la technologie pour nous définir en partageant nos pensées et nos sentiments, alors même que nous les pensons et les ressentons. »

C'est, selon moi, un peu exagéré.

Ne vous méprenez pas. La Dre Turkle n'aura pas réussi à me faire délaisser ma présence sur les réseaux sociaux, ni à réduire ma facture de téléphonie.

Je serai tout aussi présent. En numérique comme dans une « vraie » conversation. Mais je serai peut-être plus sensible aux pièges du numérique.

Je continuerai cependant à transformer mes connexions en contacts.

Au plaisir de vous y rencontrer.

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Yves Lavoie est diplômé en génie électrique de l'Université Laval et consultant en gestion et en développement d'affaires.